La place du mental : Raphaël Homat

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Nous interviewons aujourd’hui Raphaël Homat sur la thématique de la préparation mentale. Améliorer ses performances, gérer ses émotions, mieux fixer ses objectifs : la préparation mentale englobe de très nombreux sujets d’actualité, tant dans le monde sportif que dans celui de l’entreprise. Cette interview traite de la place de la préparation mentale, notamment en France et se base principalement sur la pratique de Raphaël Homat, préparateur mental.
Cette interview est disponible sous forme de podcast juste au dessus.  Cliquez sur play pour l’écouter ou faites un clic droit puis cliquez sur télécharger et recevez la directement !
(Pierre est noté P et Raphaël Homat R.H).

P : Bonjour Raphaël Homat, merci d’être présent sur Capitaine Tonus. Aujourd’hui nous allons parler de préparation mentale.
Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur toi (je ne sais pas si tous nos lecteurs te connaissent), par exemple, sur ton parcours, tes études, les sportifs professionnels et amateurs que tu as encadré ? Et également pourquoi est-ce que tu t’es intéressé à la préparation mentale dans un tout premier temps ?
 

Présentation de Raphaël Homat : préparateur mental

1. Son parcours

 
R.H : Bonjour, merci déjà de m’accueillir sur votre site. Comme tu l’as dis, je m’appelle Raphael Homat, j’ai 38 ans. Je suis préparateur mental diplômé depuis 2012. Je travaille avec des sportifs professionnels depuis 2014. Je suis également encore pour quelques mois enseignant en école d’ingénieur. Je vais bientôt arrêter car je n’arrive plus à faire les deux. J’habite à Angers.
 
Mon parcours : j’ai fais un parcours STAPS, fac de sport à l’université de Lyon principalement. J’ai étudié une année à Montréal. A l’époque on séparait les trois premières années en DEUG : deux ans et licence : un an. Donc j’avais fait ma licence, l’équivalent de la L3, à Montréal. Et puis je suis revenu en France pour faire une maîtrise, un DEA sport et performance. Le DEA : c’est l’ancêtre du master 2 recherche. Puis j’ai commencé une thèse. J’ai fait deux ans de thèse que je n’ai pas finie. Entre-temps j’ai eu mon concours de prof d’EPS. Et je suis parti bosser trois ans en Martinique car je suis originaire de là bas. J’ai été recruté par une école d’ingénieur à Angers et c’est dans cette école que j’ai repris mes études pour passer un DU en préparation mentale, que j’ai complété par une formation sur plusieurs week-end sur de l’auto-hypnose et puis en PNL j’ai mon niveau maître praticien en PNL (programmation neuro-linguistique), le troisième niveau de la PNL. En gros, ceci serait mon parcours universitaire.
 
Et puis comme je t’en parlais, j’ai été diplômé en PM (Préparation Mentale) en 2012. De 2012 à 2014, je travaillais avec des sportifs amateurs sans jamais être rémunéré. Le but était de me former davantage par la pratique. J’étais en demande de coaching pour parfaire ma formation et le deal en échange était que je ne demandais pas à être payé. Car j’avais pleinement conscience que chaque coaching supplémentaire me permettait de pratiquer et de découvrir de nouvelles façons de penser. A chaque fois, on peut être surpris de voir comment une personne va aborder une situation. Chaque coaching nous permet d’être meilleur. Donc de 2012 à 2014, j’ai travaillé très régulièrement de façon bénévole et puis forcément j’accompagnais les étudiants de l’école dans laquelle je travaille. Depuis 2014, je le fais de manière professionnelle, en étant rémunéré pour cela.
 
La majorité de mes clients sont des sportifs professionnels, des footballeurs professionnels mais je travaille aussi encore avec des sportifs amateurs et aussi des sportifs qui peuvent être dans des sports individuels. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, je travaille principalement dans le foot. Je parle beaucoup tu m’excuses mais je réponds à ta question.
 
P : Non non c’est très bien ! Explique nous tout cela. C’est parfait !
 
R.H : Pour être un petit peu plus précis, je peux communiquer le nom de certains sportifs et d’autres c’est pas possible aujourd’hui.
 
P : Oui c’est par rapport au contrat…
 

2. Les sportifs et entrepreneurs encadrés mentalement par Raphaël

 
R.H : Par exemple, un sportif dont on a beaucoup parlé qui s’appelle Dennis Appiah, est aujourd’hui à Anderlecht. On a commencé à travailler ensemble lorsqu’il était à Caen. Il a été le dernier joueur de champ en France à avoir joué les 38 matchs en intégralité. Donc ça, c’est un résultat. Ce n’est bien entendu, pas lié uniquement au préparateur mental. C’est pas du tout ce que je veux dire. C’est vraiment pas quelque chose de prévu, envisagé et encore moins annoncé par un préparateur mental. J’ai toujours du mal avec les préparateurs mentaux qui annoncent un résultat. Quand je dis un résultat : c’est un classement, un nombre de titularisation etc. Car cela ne dépend pas que de nous.
 
Par contre, c’est sûr qu’avec cette prépa mentale , on va pouvoir améliorer la performance et travailler en amont aussi sur les processus, la façon de s’y préparer. J’ai travaillé avec un autre sportif qui a témoigné : c’est Emmanuel Imorou qui est aujourd’hui à Bruges. Donc principalement des footballeurs, il y a d’autres témoignages sur mon site.
 
Et puis j’accompagne de plus en plus d’entrepreneurs qui sont souvent intéressés par le côté prépa mentale sportive. En disant voilà : je sais que tu travailles avec des sportifs de haut niveaux, j’ai envie que tu travailles avec moi :

 

  • Soit : car ils se considèrent eux même comme des sportifs de haut niveau : Je veux être en forme, je veux performer, je veux avoir plus confiance en moi, je veux être plus concentré sur mes objectifs et peut-être même mieux définir mes objectifs etc.

 

  • Soit : il se voit comme un entraîneur de sportifs de hauts niveaux : je veux manager mon équipe, je veux manager mes managers, mes salariés comme des sportifs et moi je suis l’entraîneur et je veux avoir un petit peu plus d’outils aussi.
Aujourd’hui j’ai envie de dire que les sportifs avec lesquels je bosse ne sont pas très sensibles au fait que je bosse avec des entrepreneurs par contre, les entrepreneurs sont intéressés par le fait que je bosse avec des sportifs.
 

L’utilité de la préparation mentale

 
P : En tant qu’entrepreneur, cela me semble totalement logique ce que tu me dis, car je me retrouve un peu là-dedans. Et en termes de résultat si on va un petit peu plus en profondeur, est-ce que tu vois vraiment une différence entre avant un coaching (bien évidement je pense que tu vas me dire oui ????), par exemple, en termes de problématique, en termes de freins à la performance et l’après coaching ? Que ce soit du côté des sportifs ou de celui des entrepreneurs ?
La place du mental par Raphael Homat
 

Un levier à exploiter pour les sportifs professionnels

 
R.H : Tu as raison, en effet, je vais te dire oui ???? Je vois une différence. Et c’est mieux !
 
En fait c’est très très simple. Les sportifs avec lesquelles je travaille, surtout lorsque l’on s’adresse à des sportifs professionnels sont des personnes qui ont déjà exploité une très grande quantité de leur potentiel. C’est peut-être des sportifs qui sont déjà à 98% de ce qu’ils peuvent faire au niveau physique. Ils sont déjà très très bons techniquement. Ils ont très bien compris l’organisation collective, les projets de jeux. Donc au niveau tactique : toutes ces habilités là, ils les ont développé naturellement et en se confrontant à l’entrainement, à la compétition etc. Et des fois, ils ont des marges de progressions qui sont énormes au niveau mental car ils ne l’ont jamais travaillé de manière spécifique.
 
Après j’explique très souvent, que ça soit en coaching avec des sportifs, des entrepreneurs ou en formation, quand j’interviens auprès des personnes qui veulent se former à la prépa mentale, que pour moi, la performance est un smoothie. C’est plusieurs ingrédients qui sont mixés ensemble. Et à partir du moment où tu changes la préparation, où tu rajoutes un ingrédient, où alors tu avais déjà cet ingrédient mais tu changes la proportion, forcément le résultat change. La performance, le goût du gâteau, le goût du smoothie sont forcément différents. Après c’est pas encore tout à fait le goût du smoothie que la personne veut mais en tout cas on chemine vers cela.
 
Du moment que tu changes ta façon de te préparer, je suis persuadé que tu vas changer la prestation également.
 
Je m’adresse à des personnes qui, contrairement à des sportifs amateurs ont déjà exploité une très grande proportion de leur potentiel physique. Lorsque tu bosses avec des pros, ils peuvent vraiment avoir une très grande marge de progression car les autres leviers sont déjà bien actionnés.
 
P : D’ailleurs cela me fait penser à une étude qui avait été faite dans le monde du tennis. Ils analysaient qu’en termes de tactiques, de techniques, en termes de performance physique, le premier et le centième n’étaient pas si loin que cela. Et l’élément déclencheur c’était la performance mentale qui allait faire la différence entre un numéro 1 qui allait se remettre dans l’action tout de suite même s’il fait une erreur et un centième qui allait avoir plus de problèmes par rapport à cela : qui allait ruminer un peu ses erreurs…
 
R.H : Oui tu as tout à fait raison et d’ailleurs je le vois avec les sportifs et je le vois avec les élèves ingénieurs (et d’ailleurs on en parlait juste avant l’interview).
 
Ce que j’explique souvent aux sportifs parce que quand tu parles avec eux c’étaient très souvent les meilleurs de leurs clubs à 12 ans, les meilleurs de leurs clubs à 15 ans. C’est comme les étudiants en école d’ingénieur qui étaient les premiers de la classe. Quand tu te retrouves en prépa, tu te retrouves avec d’autres gars qui étaient tous les meilleurs de la classe. Et là les sportifs : c’est pareil. Certains arrivent à 20 ans et se retrouvent avec plein de mecs super bons et en effet, ils sont déjà tous très forts, comme tu disais au niveau physique, technique, tactique. Et du coup, l’aspect mental prend d’un coup plus d’importance. Et c’est ce que j’essayais de dire peut-être de façon qui n’était pas assez explicite au niveau amateur.
 
Je peux concevoir qu’au niveau amateur, pour certains, avant d’aller voir un prépa mental vont se dire “je vais faire un peu plus de prépa physique, je vais peut-être essayer de perdre les 4-5 kilos que j’ai en trop et puis, après, peut-être que je verrai le mental “.
 
Ces sportifs là, à priori ils ont déjà optimisé pas mal de ces ingrédients. Et tu as raison, à un moment, on se retrouve qu’entre personnes qui ont déjà beaucoup bossé et qui sont douées. Elles ont à peu près les même caractéristiques au niveau physique, technique, tactique et l’aspect mental va apporter cette toute petite différence mais qui n’est pas énorme et qui peu jouer entre être titulaire d’un club de foot ou être sur le banc ou en tribune, ou être dans le top 10 ou le top 100.
 

L’amélioration du mental n’est pas réalisée en amont…

 
P : C’est ça que je trouve assez marrant. J’ai l’impression, qu’en terme de préparation mentale, on ne s’intéresse à la préparation mentale mais seulement une fois que l’on en a besoin. On ne va pas forcément avoir une démarche en amont où l’on va se dire : “Ah ça serait pas mal de me préparer mentalement avant une épreuve” mais c’est plutôt à posteriori de l’épreuve. Ou lorsque que l’on est confronté à un haut niveau de compétition que l’on se dit : “En fait, cela aurait été bien si j’avais bossé en amont quelques éléments, quelques techniques de préparation mentale”. Et c’est plus une sorte de réponse plutôt qu’une préparation en amont par rapport aux besoins possibles futurs.
 
R.H : Oui tu as tout à fait raison. On en est là aujourd’hui culturellement. Il y a encore pas mal d’entraîneurs qui vont te dire : “Oui, moi à mon époque, il n’y avait pas de préparateurs mentaux et ça se passait bien, je n’en avait pas besoin”. J’ai déjà entendu ce discours dans le foot, y compris avec des personnes qui ont pu jouer ou entraîner à haut niveau. C’est sûr que dans les années 80, tu ratais ton contrôle, personne ne le voyait. Et aujourd’hui, je pense qu’il y a beaucoup plus de pressions aussi qui arrivent aux sportifs via la technologie où on voit tout de suite, toutes tes performances qui peuvent être très bonnes ou à côté de la plaque. Du coup je pense qu’ils ont aussi plus de pression.
 
Je suis persuadé que la préparation mentale va être de plus en plus prise en compte. Tout simplement car aujourd’hui je peux travailler avec des sportifs qui ont une trentaine d’année (l’un des premiers sportifs pro avec qui j’ai bossé a pris sa retraite). Cela ne veut pas dire qu’il va devenir entraîneur mais en tout cas, tu auras de plus en plus d’entraineurs dans les années à venir qui eux-mêmes en tant que sportifs ont fait de la prépa mental et en auront expérimenté les bienfaits, ressentis une optimisation de leur performance. Et donc je pense que ce sera de plus en plus intégré dans les ingrédients de la perf plutôt que saupoudré rapidement à la fin lorsque l’on trouve que le smoothie a un goût un peu foireux. C’est une belle métaphore non ?
 
P : ah ah très belle métaphore !
 
R.H : Comme je sais que vous parlez aussi un peu nutrition sur le site, j’essaye d’adapter un peu.
 

Problèmes en préparation mentale : les grandes tendances

 
P : Parfait, je pense que nos lecteurs vont apprécier ????
 
Et du coup est-ce qu’en fonction des différentes catégories que tu coaches, par exemple, en fonction des sportifs professionnels, des quelques rares amateurs ou est-ce que en fonction des entrepreneurs que tu encadres : est-ce que tu vois que les problèmes rencontrés sont différents ? Est-ce que tu arrives à discerner des grandes tendances en fonction de ta pratique ? Et quelles sont les raisons de ces problèmes ?
 
R.H : Ecoute, ça dépends. Sur les sportifs pro et les entrepreneurs tu peux avoir un problème que les amateurs, à priori, ont moins. C’est le problème du projet unique. C’est : ” j’ai un projet qui est hyper important dans ma vie, c’est ma carrière de sportif ou c’est mon projet d’entreprise, surtout lorsque je commence mon entreprise et que je veux vraiment atteindre un certain résultat et être à l’aise après”.
 
Tu as des personnes qui vont énormément travailler sur leur projet et qui peuvent être du coup hyper heureuse lorsque cela se passe bien pendant un temps et puis au fond du trou s’il y a un problème.
 
Je caricature un peu mais cela peut être le footballeur qui n’a que ce projet là aujourd’hui. Le jour où il se fait une entorse, il a envie de se pendre.
 
Donc forcément le sportif amateur a un double ou un triple projet. Un double projet car “je suis sportif mais je suis aussi étudiant”. Des fois, ils ne se rendent pas compte que cela peut être une chance. C’est aussi le travail du préparateur mental de montrer que ce double projet peut aussi être une opportunité de garder une lucidité par rapport à ses deux projets, à leur redonner une juste valeur. Et toujours bien expliquer qu’il n’y a pas de relation linéaire entre mon investissement et ma réussite. Il y a une relation qui est optimale. Et à un moment si je me sur-investis dans un projet, je ne m’aide pas en fait.
 
Et il y a plein d’exemples dans les médias, de personnes qui ont été meilleures une fois qu’ils sont devenus papa ou maman. En fait cela leur a permis d’apprendre à relativiser alors qu’avant c’était horrible pendant 15 jours. Maintenant, lorsqu’ils perdent, ils savent qu’ils sont avec leurs enfants 2 heures après. C’est juste un exemple de double projet. Et du coup ça les a amené plus rapidement à passer à autre chose.
 
P : On sort un peu du cadre sportif, mais dans le cadre entrepreneurial, un très bon exemple de cela est celui de Timothy Ferriss qui prône la loi du 80-20, je ne sais pas si tu en as entendu parlé, je pense que tous les entrepreneurs qui nous écoutent (ou lisent cet article ????) en ont entendu parlé. Cette loi prône que 20% des causes engendrent 80% des conséquences. Timothy, se concentre alors sur les 20% qui vont avoir le plus d’impact et délaisser toutes les taches chronophages qui peuvent nuire à un succès rapide.
 
R.H : Oui bien sûr, oui la fameuse loi Pareto !
 

L’écoute : base fondamentale dans la relation coach – coaché

 
P : Et autre question, quelle démarche adoptes-tu en fonction de tes clients ? Comment individualises tu les solutions que tu proposes ? Comment fais tu pour avoir un bon encadrement car chaque personne est différente, chaque personne va percevoir l’information différemment. Comment fais-tu pour « chouchouter » tes clients ?
 
L'écoute, base fondamentale d'un coaching de prépa mentale
 
R.H : L’écoute ! Tu as tout un travail de ce que l’on appelle de recueil de données, d’entretien semi-directif. Je sais un peu les thèmes que je veux aborder avec la personne. On n’est pas sur des questions fermées ou prévues avec un ordre. Peut-être un petit peu comme nous faisons aujourd’hui 😉 car tu sais de quoi tu as envie que nous parlions et tu as déjà préparé quelques questions.
 
En prépa mentale, ça va être le même principe. Il y a forcément l’écoute de l’individu et on est aussi très sensibilisé à ça par la PNL. Le but c’est de comprendre les représentations de la personne : sa vision du monde et qu’elles situations vont l’inhiber. Quelles situations, à l’inverses, vont le dynamiser ? Comprendre ses attentes : pourquoi est-ce qu’il a envie de faire de la prépa mentale et peut-être pourquoi est-ce qu’il a envie de faire de la prépa mentale avec moi et être sûr que l’on soit bien dans le cadre de la prépa mentale et non dans un cadre de psychologie pure comme le deuil, la dépression : c’est quelque chose que je ne sais pas faire et donc que je ne veux donc pas faire.
 
Donc voilà individualiser. Je ne trouve pas que cela soit très compliqué, dans le sens ou il y a toujours un rapport : je travaille parfois à distance (en France, en Belgique, en Turquie ces temps-ci). Mais il y a toujours ce contact, cet échange qui me permet de savoir où en est le sportif, ce qu’il a pu comprendre et mettre en place lors de nos premiers coachings et de quelle façon encore une fois ça a pu changer le goût du smoothie et quelle piste on doit explorer.
 

Progresser sur le plan mental ? Une solution : Pratiquer !

 
P : Est-ce que tu arrives à discerner des éléments clés de progressions en prépa mentale ? Est-ce que tu arrives à voir si un sportif va progresser vite ou non en prépa mentale ?
 

Le mental vu par Raphaël Homat

 
R.H : En fait ce qui est déterminant, selon moi, et je suis vraiment pas le premier à le dire : c’est simplement le passage à l’action. C’est très facile de bien comprendre le principe évoqué lors d’une séance de prépa mentale. On pourrait faire de la prépa mentale tous les deux et puis à la fin de la séance tu dis : « ah ouais, c’était vraiment sympa ce que l’on a vu avec Raphaël ». En fait ce qui va être déterminant c’est ton passage à l’action. Ce que tu vas réellement vouloir changer après.
 
Mon travail, c’est vraiment de savoir quelles sont les actions préparatoires et qu’est-ce que l’on met en place concrètement.
 
Et là on sort d’un week-end de deux jours de formations avec des personnes qui ont déjà suivi une partie de la formation en ligne et qui se sont déplacées pour un week-end à Angers afin que l’on bosse ensemble. Je pense que tout le monde a très bien compris les outils que nous avons vu ensemble. Mais je pense, ce qui va être différent, c’est ceux qui vont dans les jours à venir appliquer concrètement ce que l’on a vu,et ceux qui vont juste le garder en théorie en se disant : « oui je le sais mais je n’ose pas vraiment l’appliquer et sortir de ma zone de confort qui marche pas vraiment comme je le voudrais, mais ça me convient quand même ».
 
Tu parlais des neuro-sciences. Il y a vraiment une différence entre la compréhension et l’application. L’application modifie bien plus le cerveau que la simple compréhension. Et tu sais je suis très sensible à ça étant aussi prépa physique par ailleurs.  J’adore la prépa physique et je suis très sensible au passage à l’action parce que je considère qu’il y a trop de personnes qui considèrent la prépa mentale comme juste un échange ou juste du bla-bla. Et donc il y a peut-être, une crainte en moi pour être franc, d’être vu comme ça.
 
P : C’est tout à ton honneur, d’autant que la préparation mentale regroupe tout un tas d’outils à travailler et si les personnes que tu coach ne font pas «  leurs devoirs », il y a beau avoir des bienfaits avec par exemple, de l’imagerie mentale, (cela a été démontré sur le plan scientifique) si la personne ne pratique pas, elle ne va pas avoir un gain de performance comme elle devrait l’avoir.
 
R.H : Oui tu as tout à fait raison. Et puis cela rejoint ce que tu disais : «  j’ai l’impression que l’on va voir le prépa mental vraiment lorsqu’il y a un problème » Et c’est vrai au niveau des fois d’un club. Au niveau individuel, une fois que l’on a commencé un travail de prépa mentale, je fais au maximum 4 séances par mois, au minimum j’aime bien avoir deux séances par mois quand c’est possible pour tout le monde.
 
Et j’explique bien que justement je ne suis pas un magicien. On peut comprendre des choses pendant la séance et on peut travailler pendant la séance. Tu parlais d’imagerie et on peut tout à fait faire de l’imagerie au cours d’une séance. Mais tu as raison, j’invite le sportif à travailler entre les séances.
 
On se fixe une fréquence de travail. C’est le sportif qui fixe cet objectif. On dit souvent que les objectifs sont mieux tenus lorsqu’ils sont auto-déterminés. Et après c’est à lui de me dire s’il a pu le faire ou pas et c’est à nous de savoir pourquoi cela n’a éventuellement pas été fait. Mais on n’est pas dans la pensée magique et je ne suis pas un magicien. Les sportifs qui ont le plus performé (et certains ont eu de beaux résultats) sont ceux qui sont le plus passés à l’action et ont bossé entre deux séances.
 

La place de la préparation mentale : une histoire de culture ?

 
P : On peut sortir aussi du cadre de la France. Est-ce que tu vois des différences en termes de préparation mentale, en termes de staff entre le côté français qui met peut-être un petit peu de temps à arriver et d’autres pays ?
 
R.H : Comme je te disais tout à l’heure je ne suis pas un spécialiste de ce qui se passe à l’étranger mais cela m’intéresse quand même. Du coup je peux te donner mon avis. J’ai parfois le sentiment que nous sommes marqués par le côté latin, qui fait que (et c’est le cas dans le foot) l’on ne veut pas trop montrer ses émotions. Et je pense que cette culture là peut être une explication à la difficulté de la PM de pénétrer cet univers.
 
J’ai l’impression que les Nord-Américains peuvent voir cela comme un aveux d’intelligence ou une marque de pragmatisme. Alors que chez nous cela peut être vu régulièrement comme un aveux de faiblesse. Pour moi c’est plutôt une marque d’intelligence de faire de la prépa mentale, à partir du moment où l’on a compris que le mental joue sur la performance. Et ça tout le monde le dit, y compris les entraîneurs qui disent qu’à haut niveau, c’est le mental qui fait la différence. Mais lorsque tu leur demandes : ” du coup, vous passez combien de temps par semaine à bosser le mental ? ” Hé bien, une fois sur deux, ou plus, ils vont te répondre : “zéro”. Donc là, il y a quelque chose que je trouve un peu bizarre.
 
Tu prépares des gars toute la semaine, tu as conscience que le mental est important mais tu ne veux pas le bosser de façon spécifique et la seule façon que tu as de bosser le mental, c’est dire au gars : “concentre toi plus”, ” sois plus agressif “, “calme toi”. Et on pense qu’une fois qu’on a dit ça, le sportif le fait. Mais on ne lui explique pas comment il peut faire ça, comment il peut gérer ses émotions, comment il peut en chercher certaines. Et quand je dis gérer ses émotions : ça ne veut pas dire ne pas en avoir, au contraire. Peut-être que c’est arriver à avoir certaines émotions qui  nous aident à performer. Mais je pense que dans les pays non latins on arrive plus facilement à faire de la prépa mentale aujourd’hui.
 
P : Je t’avoue que j’ai deux choses qui me viennent en tête :
 
  • La première : c’est vrai qu’au Etats Unis, ils sont très friands là-dessus et c’est vu comme une force et presque quelque chose que tu pourrais mettre sur ton CV d’avoir vu un psychologue ou un préparateur mentale : c’est une bonne ligne.
Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Comment visualiser ?

 

  • A coté de ça, on a vraiment conscience que la prépa mentale est un levier de succès. Je pense notamment à Teddy Riner qui suit une psychologue depuis l’âge de 14 ans et qui dit dans certaines interviews que le mental est l’une de ses forces principales. Et à côté de ça, quand on regarde dans le judo, est-ce que les coachs vont entraîner leur élève en prépa mentale ? Et bien pas forcément… Tu disais que tu faisais de la PNL et une démarche de cette discipline que je trouve intéressante est le fait d’analyser l’excellence chez un individu. Se demander pourquoi est-ce qu’il est excellent. Dans le cas de Teddy : c’est le fait qu’il suive une psychologue et qu’il se forme un petit peu et essayer ensuite de décliner cela pour le plus grand nombre.
 
R.H : Oui tu as tout à fait raison : la modélisation. Et c’est vrai que si tu veux apprendre à voler, j’aime bien dire qu’il vaut mieux modéliser un faucon plutôt qu’un dindon.
 
P : Belle métaphore ! Pour conclure, qu’est-ce qu’il faudrait mettre en oeuvre pour améliorer la place de la préparation mentale chez les jeunes ou chez ceux qui souhaitent devenir sportifs professionnels ? ou même devenir entrepreneur ?
 
R.H : Naturellement, culturellement, je pense que les choses évoluent car on a optimisé énormément de choses au niveau de la prépa physique (si je reste au niveau du sport pour l’instant) pour développer les qualités physiques, pour optimiser la récupération etc. Je ne pense pas que l’on va découvrir de super trucs qui vont faire que nous allons courir deux fois plus vite. Par contre, on se rend bien compte, qu’il y a encore très peu de connaissances sur la prépa mentale et que c’est très peu pris en compte.
 
Et justement sur un des articles je dis, en rigolant, que les sportifs aiment de plus en plus la préparation mentale. En fait, les sportifs, ce qu’ils adorent c’est être performants. S’ils comprennent que j’ai plein d’ingrédients mais en m’orientant un petit peu dans telle direction, je peux rajouter des ingrédients pour être plus performant. Ils vont naturellement y venir de plus en plus. C’est une question d’éducation, de culture, de vécu.
 
Les exemples dont tu parles, tu as parlé de Teddy Riner, je pense que maintenant tous ceux qui aiment bien le sport savent que Teddy Riner fait de la prépa mentale. Ce n’était encore pas le cas il y a quelques années. Et je me rappelle justement d’une sportive avec laquelle j’ai bossé et elle me disait : ” bon je commence, j’essaye mais je t’avoue que le mental j’y crois pas trop car pour moi le mental : c’est tu l’as ou tu l’as pas “. Et si elle me disait ça, c’est qu’elle l’a entendu. Et c’est aussi pour ça que je parle d’éducation. Je lui avais demandé de me citer un sportif qui a un super mental. Elle me répond spontanément ” Teddy Riner ” . Et je lui dis que c’est super qu’elle me cite ce sportif, car il fait de la prépa mentale depuis plus de 10 ans. C’est marrant ! A ce moment elle ne le savait pas.
 
J’ai parlé aussi de Dennis qui a dit que la préparation mentale avait contribué à sa réussite. Et plus on aura de témoignages de sportifs performants qui avoueront faire de la prépa mentale, plus ce sera facilitant. Tu parlais tout à l’heure de la différence aussi de la perception de faire de la prépa mentale ici ou aux Etats-Unis. Sur la formation d’hier, on parlait avec les préparateurs mentaux qui veulent encadrer, je leur demandais : Est-ce que vous pensez que le Yoga peut être utile dans notre prépa mental ? (Il y avait une enseignante de Yoga qui était intervenue.) Et c’est vrai que beaucoup ont dit : “je pense que c’est difficile” ou “çà pourrait être difficile car ça pourrait être mal vu par les sportifs”. C’est pour ça que je leur explique que je peux être amené à le faire sans expliquer au début que l’on fait du Yoga, mais plus dire au début : “écoute on va mixer un tout petit peu de travail physique et mental”. Et en même temps si tu vas sur des comptes instagram de basketteur NBA, tu en vois plein qui postent des photos de Yoga avec leur coach perso. Donc je pense que l’on va y arriver et l’exemple va de plus en plus faciliter la prise en compte de la PM par les staffs ou les sportifs eux-mêmes.
 
P : Oui et c’était Phil Jackson qui mettait ses joueurs au Yoga et à la méditation pour les préparer mentalement.
 
R.H : Exactement !
 

Le mot de la fin

 
P : Je ne sais pas si tu as quelque chose à rajouter ou est-ce qu’il y a un point que nous n’avons pas soulevé ?
 
R.H : Je pourrai «  conclure » que si je travaille avec un sportif ou un entrepreneur, je m’intéresse toujours à l’individu qui en l’occurrence fait cette activité. Quand je bosse avec un footballeur de 22 ans qui gagne très bien sa vie, je considère que je m’adresse d’abord à un jeune de 22, qui fait du foot. Je cherche à comprendre sa vie, ses contraintes, mais ne pas le résumer qu’à ça et aussi faire en sorte qu’il ne se résume pas qu’à ça. C’est parfois très facile pour certains parce qu’ils ont eu de par leur éducation, de par leur environnement, cette capacité à prendre en compte d’autres éléments de leurs personnalités. Et puis pour d’autres, ils se résument juste à leur fonction de haut niveaux ou d’entrepreneur.
 
D’ou l’importance de s’intéresser au double ou triple projet. Je vais faire une intervention là dessus dans la région d’Angers sur l’intérêt du double projet pour les entrepreneurs. Car on voit qu’il y en a encore beaucoup qui travaillent (et cela peut dès fois tout à fait se comprendre sur une période) énormément. Et ce n’est pas toujours bénéfique pour eux, ni écologique (on parle beaucoup d’écologie en PNL) Parfois, tu peux te sentir performant à 30 ans et avoir tout à fait conscience que tu ne pourras pas durer de cette façon 20 ans sans avoir des problèmes. Il faut apprendre aussi pour soi, à être dans du développement durable.
 
P : Hé bien merci !
 
R.H : Hé bah de rien ????
 
P : Cela me semble être une très bonne conclusion !
 

Photos : Pixabay


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